Réactions à la légère remontée du moral des ménages en janvier
Voici des réactions d'économistes après l'annonce par l'Insee d'une légère remontée du moral des ménages français en janvier:
- Nicolas BOUZOU (Asterès):
Le moral des ménages évolue depuis plusieurs mois sur des niveaux historiquement bas. Il ne faut donc pas surinterpréter une remontée comme celle de janvier.
Certes, l'indice global gagne 3 points, mais à -41, il demeure très faible. Les inquiétudes sur l'avenir demeurent. Le solde relatif aux perspectives d'évolution du niveau de vie en France reste plus que bas, alors que les perspectives d'évolution du chômage continuent de se dégrader (à juste titre).
Le point le plus marquant de cette enquête réside dans la perception passée du niveau de vie. En effet, les soldes relatifs à la situation financière personnelle passée et à l'évolution passée du niveau de vie s'améliorent. Ceci est dû au reflux très rapide de l'inflation, passée de plus de 3,5% cet été à 1% en fin d'année 2008.
Plus globalement, malgré l'augmentation du chômage depuis le mois d'août, la crise reste un peu abstraite pour une grande partie des français. Ses effets tangibles restent pour l'instant cantonnés aux ménages disposant d'un patrimoine financier important, à ceux ayant souscrit un prêt relais, aux salariés de l'automobile ou du bâtiment...
N'oublions pas non plus que près de 16 millions de Français touchent des revenus indépendants de la situation économique globale (en particulier les fonctionnaires et les retraités).
C'est bien pour cette raison que l'idée d'un plan de relance global de la consommation n'est aujourd'hui pas pertinente. Par rapport à leurs voisins européens, une grande partie des Français bénéficient de revenus sécurisés.
Certains prix (énergie, produits alimentaires frais) commencent à refluer. D'ailleurs, comme l'ont rappelé les données de l'Insee la semaine dernière, la consommation des ménages tient à peu près. Au pire, elle devrait être stable en 2009. L'enquête publiée ce matin montre que l'envie d'effectuer des achats importants remonte.
- Marc TOUATI (Global Equities):
Les Français sont formidables: la planète économico-financière a beau s'écrouler, les licenciements ont beau augmenter, ils gardent l'espoir.
Ainsi, après une petite amélioration en novembre, corrigée en partie en décembre, le moral des ménages a gagné 3 points en janvier.
Certes, avec un niveau de -41, il se situe toujours sur des niveaux très bas. Néanmoins, il retrouve désormais un point haut depuis avril 2008, c'est-à-dire avant la flambée du baril à 150 dollars et avant l'écroulement du système financier international de l'automne.
Bien entendu, certains n'hésiteront pas à parler de manque de clairvoyance de la part des ménages, ou encore d'illusion monétaire, voire tout simplement d'excès de prozac.
De même, il faut reconnaître que la corrélation entre la confiance des ménages et l'évolution de la consommation est très faible.
Pour autant, il faut aussi souligner que les ménages français sont loin d'être dupes. Ainsi, ce sont eux, qui bien avant de nombreux économistes, ont annoncé dès la fin 2007 l'avènement d'une baisse de l'activité pour 2008.
En outre, l'augmentation des perspectives d'augmentation du chômage en janvier sur des sommets montre que les ménages sont bien conscients des risques qui pèsent sur l'emploi.
D'ailleurs, l'enquête trimestrielle de l'Insee dans l'industrie indique que les entreprises industrielles sont en train de et vont encore réduire massivement leurs effectifs.
Pour autant, les ménages demeurent rassurés sur l'évolution passée et future des prix. N'oublions effectivement pas que le quotidien des Français, comme de tous les ménages d'ailleurs, passe par l'évolution des prix des produits qu'ils achètent chaque jour, à savoir les biens alimentaires et énergétiques. Ces dépenses sont effectivement incompressibles. Dès lors, l'augmentation de leurs prix signifie une réduction immédiate de l'enveloppe dont ils disposent pour consommer. Réciproquement, la réduction de ces prix leur offre un ballon d'oxygène pour reprendre le chemin de la consommation de biens manufacturés.
C'est d'ailleurs la raison pour laquelle l'indice d'opportunité de faire des achats importants de l'enquête Insee a gagné 4 points en janvier, après en avoir déjà pris 3 en décembre.
En conclusion: deux conséquences d'actualité peuvent être tirées de ces évolutions. Primo, les soldes de janvier seront de bonne facture. Secundo, la grève du 29 janvier ne trouvera pas d'écho durablement favorable auprès de la majorité des Français car ces derniers ne sombrent pas dans un pessimisme noir mais veulent au contraire garder l'espoir pour sortir de la crise. Bravo !
- Alexander LAW (Xerfi):
C'est une toute petite lueur d'espoir pour l'économie française. Tout comme les indices des directeurs d'achats, le moral des ménages s'est redressé en janvier, tout en restant à un très faible niveau. En hausse de 3 points, l'indicateur résumé de conjoncture auprès des ménages s'établit désormais à -41, ce qui correspond au "meilleur" total depuis avril.
La tentation est forte de penser que nous avons touché le fond en fin d'année dernière et qu'après un quatrième trimestre 2008 exécrable, l'économie française va repartir de l'avant en ce début d'année.
Mais ce secret espoir que nous caressons risque fort d'être douché par un environnement conjoncturel qui reste particulièrement délétère. Oui, nous estimons que la croissance refera son apparition cette année. Malheureusement, cela ne devrait pas être pour tout de suite, mais plutôt pour le second semestre.
Quasiment toutes les composantes de l'indicateur résumé s'améliorent en janvier. L'opinion concernant la situation financière passée et future est en petite hausse. De même, les Français estiment que leur niveau de vie a cessé de se dégrader au cours des dernières semaines. Résultat, les ménages sont plus nombreux à juger que le moment est opportun pour faire des achats importants.
Soulignons tout de suite que l'indicateur reste à un très bas niveau. Mais la tendance commence à être intéressante car cela constitue le deuxième mois d'affilée de regain de cet indicateur.
C'est une bonne nouvelle, notamment pour les distributeurs de biens de consommation durables onéreux, à l'instar de l'automobile. Les immatriculations de voitures neuves ont fini par être happées par la spirale infernale du moral des ménages: pour espérer que l'effondrement s'interrompe à un moment donné cette année, un rebond de la confiance des consommateurs est absolument essentiel.
Bien entendu, tout n'est pas complètement rose dans l'enquête publiée ce jour. D'ailleurs, presque tous les soldes complémentaires (c'est-à-dire ceux qui ne rentrent pas dans le calcul de l'indicateur résumé) sont mal orientés. C'est le chômage qui remporte haut la main la palme des inquiétudes des ménages. Il faut dire que les multiplications d'annonces de plans sociaux (aussi bien en France qu'à l'international) ne sont pas de nature à rassurer.
Ceci explique pourquoi les Français disent qu'il serait opportun d'épargner un peu plus afin de constituer un matelas de sécurité. En revanche, ils sont moins nombreux à estimer qu'ils seront capables de mettre plus d'argent de côté au cours des mois qui viennent. La reconstitution d'une épargne de précaution serait, ne le cachons pas, une très mauvaise nouvelle pour l'économie française. Car, dans un contexte de paralysie de l'activité industrielle et de gestion très serrée des budgets des entreprises, le principal artisan d'une relance de l'économie devra être, avec l'Etat, la consommation des ménages.
Or, celle-ci a les moyens de repartir: l'inflation est en baisse, le niveau d'endettement est acceptable et la démographie est favorable.
Le léger mieux sur le front du moral des ménages constitue donc un soulagement.
Mais il convient de garder à l'esprit qu'un point ne fait pas une tendance et que nous sommes à la merci d'une correction baissière dès février, surtout si le climat social venait à se détériorer.
(source Boursorama)
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