Grenelle de l'environnement : plus de 600.000 emplois à la clef
Une étude réalisée par le Boston Consulting Group à la demande du ministre de l'Ecologie montre que le gisement le plus efficace en termes de création d'emplois et de réduction des émissions de CO2 est le bâtiment.
Pas question de laisser retomber le soufflé. Dopé par le résultat des écologistes aux élections européennes, Jean-Louis Borloo veut insister auprès de la majorité et de l'opinion publique sur les bienfaits de la croissance verte. Alors que la discussion du premier projet de loi du Grenelle de l'environnement doit reprendre aujourd'hui à l'Assemblée nationale, et que la commission des Affaires économiques du Sénat continue de se pencher sur le second texte portant sur la mise en oeuvre des mesures, le ministre de l'Ecologie s'apprête à rendre publique demain une étude réalisée à sa demande par le Boston Consulting Group (BCG). Un document très instructif.
Autofinancement
En examinant chacun des quinze grands programmes prévus par le Grenelle pour les douze années à venir et en comparant l'activité générée par rapport à celle qui aurait existé sans cette nouvelle politique, l'étude estime qu'en moyenne 600.000 emplois seront maintenus ou créés. Deuxième analyse des experts du BCG, le coût des mesures (450 milliards d'euros financés à hauteur d'environ 170 milliards par l'Etat et les collectivités) est supportable pour l'Etat. En 2015 par exemple, il faudra dépenser, selon eux, 46 milliards d'euros, dont 12 supportés directement par l'Etat, 10 par les collectivités territoriales et 24 par les particuliers. La moitié environ de ces sommes correspondent à de l'autofinancement, c'est-à-dire qu'elles sont couvertes par des gains futurs en économies d'énergie. L'ensemble des mesures devrait permettre une réduction de 25 % de la consommation d'énergie thermique (pétrole, gaz...) et une baisse de 14 % des émissions de CO2.
Et si l'on ajoute l'effet des mesures antérieures ou hors Grenelle (rénovation du parc automobile, quotas sur l'industrie liés au paquet climat européen, rénovation naturelle des bâtiments...) et que l'on corrige des évolutions tendancielles, les émissions françaises seraient réduites au total de 24 % en 2020. Ce chiffre place la France sur la trajectoire d'une division par deux de ses émissions, mais il faudra faire plus pour atteindre l'objectif de division par quatre en 2050 demandé par les experts.
Certains remarqueront sûrement que le ministre applique sa stratégie habituelle : brandir de grands chiffres alors que la loi n'est pas encore votée ! Il n'empêche, le document devrait être regardé de près par les députés avant d'envisager la moindre mesure de révision des objectifs notamment dans le bâtiment. Ce secteur mobilisera peut-être 35 % de la dépense publique du programme, mais contribuera à créer ou à maintenir 50 % des emplois prévus et devrait générer un tiers de réduction des émissions. Sur les 600.000 emplois prévus, entre 100.000 et 150.000 sont maintenus grâce au Grenelle dans ce secteur, contribuant à atténuer les effets du ralentissement de la construction neuve.
Corps de contrôle
En revanche, le transport (hors routes) pèse 40 % du financement des dépenses publiques et contribuera à créer 28 % des emplois, mais il ne devrait avoir un impact que de 14 % sur le CO2. Faut-il s'en passer pour autant ? Pas simple : les emplois créés lors de la construction des lignes ne sont pas délocalisables et contribuent à créer des champions industriels nationaux. Au-delà des analyses sectorielles, les experts préviennent : l'Etat doit impérativement s'équiper de corps de contrôle, mettre en place un pilotage centralisé et former ses acheteurs pour éviter les dérapages.
(source Les Echos)
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